"C contemporain" #01 KRISTOF

un concept de Jérémy CIRCUS
réalisation/montage: Jérémy CIRCUS
Musique: RACHMANINOV prélude op 23 N4
texte choisi par Kristof
"Contemplations Suprêmes" de Victor HUGO
poème "post scriptum de ma vie"

produit par Les Saisons d'ARTHUR 2013

    

 

 

 

               Comment rendre compte de la nature profonde  des Sculptures Emotives de Kristof  sans les réduire à la seule apparence d’icônes enfermées dans leur cage de verre ?

               Il est vrai que les créations de l’artiste s’imposent d’abord comme cela : des pièces d’un seul bloc présentées sous globe comme des vestiges d’un autre temps (passé ou futur, qui sait ?) ; trésors monstrueux où la défiguration de la chair, les mutations génétiques et les transformations de toutes sortes laissent supposer que quelque chose s’est passé ou, pire encore , que quelque chose va se passer. Est-ce un rappel à l’ordre ? Une alerte sur le glissement irrémédiable de l’être humain vers la catastrophe ?

               Le mystère persiste en observant ces Sculptures Émotives, car elles ne semblent être le fruit d’aucune leçon de morale et encore moins d’une analyse purement intellectuelle des fonctionnements de notre monde ; elles livrent simplement, sans détour, sans explication, la sensation brute d’une émotion face aux choses. Bien sûr, c’est l’horreur en apparence qui saute aux yeux : ici une plante carnivore à la fois ossement et végétal, mort et vie, menace et beauté; là une main squelettique surgissant de terre munie de trésors ; ailleurs encore un crâne de zombie vérolé de technologie moderne ou des bébés mutants dont la douceur contraste étrangement avec leur monstrueuse apparence… Et pourtant ce n’est pas tout : comme une seconde vague après celle de l’alerte, c’est un humour cinglant, une ironie mordante qui viennent envahir la sculpture. Cette distance est tout à la fois contenue dans les titres des sculptures que dans les micro détails qui les composent, comme des pieds de nez à l’horreur, des clins d’œil à notre quotidien, un sursaut de naïveté. Par cet humour sous-jacent, véritable Cheval de Troie dans ces sculptures, l’artiste semble vouloir montrer à tout moment que les apparences sont trompeuses … et par là même se rapprocher de celui qui regarde l’œuvre et lui dire « regarde, n’aies pas peur ».

               Un peu à la manière des contes pour enfant, les Sculptures Émotives de Kristof jouent donc sur plusieurs niveaux : la symbolique universelle des images ; le rapport intime d’une histoire en apparence fantastique avec la réalité émotionnelle profonde de l’être humain et la peur suscitée par la découverte de cette violente vérité. Bien sûr, on devinera au travers de ces œuvres quelques obsessions propres à l’artiste (et, au premier rang, cette menace dévorante de l’objet sur le sujet, de la matière sur l’esprit) mais toujours, celui-ci sait dépasser sa mythologie personnelle pour la retranscrire dans une mythologie commune, empruntant les images
archétypales des vieilles sorcelleries, de la mythologie grecque, des rites ancestraux, pour faire bondir son œuvre jusqu’à notre présent.

                Que reste-t-il alors des Sculptures de Kristof une fois observées ?
                L’idée sans doute que la lucidité est de mise si on ne veut pas voir                                  s’engouffrer l’esprit six pieds sous terre.

                Et la sensation ensuite qu’un espoir est possible, que nous sommes                               l’organisateur du destin.
                En triturant la matière pour lui donner forme, Kristof ne prouve-t-il pas                     d’ailleurs simplement que nous en sommes les maîtres?  

 

 

                                                                 English Version

 

How to account for the profound nature of “Les Sculptures Emotives” by Kristof without reducing them to mere appearance of icons locked in their glass cages?

             It is true that the creations of the artist first imposed themselves as such: pieces presented in a single block under a globe as vestiges of another time, (past or future, who knows?); where monstrous treasures disfigurement of the flesh, genetic mutations and transformations of all kinds suggest that something happened or worse, that something is about to happen. Is it a call to order? An alert on the irreparable slip of the human being to the disaster?

             The mystery persists while observing these emotional Sculptures, because they do not appear to be the result of any moral lesson, much less a merely intellectual analysis of the workings of our world, they simply and bluntly deliver, without explanation, gross sensation of an emotion in the face of things. Of course, this is the horror, seemingly obvious, that catches the eye: here a carnivorous plant, both plant and bones, death and life, threat and beauty, here a skeleton hand emerging from the ground holding with treasures; elsewhere we have a zombie skull botched by modern technology or mutant babies whose sweetness contrasts strangely with their monstrous appearance... And yet this is not all: like a second wave after the alert, it is a scathing humor, a biting irony coming invade the sculptures. This distance is contained both in the titles of the sculptures as well as in the micro details that compose them, like thumbing his nose at the horror, winks to our daily lives, a burst of naiveté. With this underlying humor, true Trojan horse in these sculptures, the artist seems to demonstrate at all times that appearances are deceptive ... and thus getting closer to the person looking at the work and tell him, "look, don’t be afraid".

             Somewhat in the manner of children’s tales, the emotional Sculptures by Kristof therefore play on several levels: universal symbolic images, the intimate relationship of a seemingly fantastic story with deep emotional reality of the human being and fear prompted by the discovery of this violent truth. Of course, we guess through some of these works the artist’s own obsessions (and, foremost, this devouring threat of the object over the matter of the mind) but still, he knows how to surpass his personal mythology to transcribe it in a common mythology, borrowing archetypal images from old witchcraft, Greek mythology, ancestral rites, to bring his work in our present.

              What remains then of sculptures by Kristof once observed?
              Undoubtedly the idea that lucidity is a must if you do not want to see the                     mind pulled six feet under.

              And then the feeling that hope is possible, that we are the organizer of fate.
              By grinding the material to give it shape, doesn’t Kristof simply prove that                 we are the masters?